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Châteaux de sable, Louis-Henri de La Rochefoucauld, RoBert Laffont

Louis-Henri de La Rochefoucauld (le narrateur de Château de sable, Robert Laffont) ouvre Tocqueville (en Pléiade, s’il vous plaît) et tombe sur un conseil offert à celui qui veut écrire : « Pour se mettre en train, il faut suivre sa fantaisie » Louis-Henri de La Rochefoucauld (l’auteur, cette fois) a bien suivi ce conseil.

Dans son nouveau roman, « sa fantaisie » le pousse à discuter avec Louis XVI et se balader avec Marie-Antoinette sur l’île Saint-Louis. « Pourquoi ne pouvais-je pas me défaire de ma généalogie ? » se demande Louis-Henri de La Rochefoucauld (lequel ? L’auteur ou le narrateur ?) Il y a des points communs entre les deux (le narrateur est pigiste pour la presse culturelle, comme l’auteur autrefois) et ils portent le même nom. Leur aïeul n’était pas n’importe qui : Le duc de La Rochefoucauld-Liancourt. [Rappel : le 14 juillet 1789, il répondit à Louis XVI qui demandait « Mais c’est une révolte ? – Non, Sire, c’est une révolution ! » Le bon mot est resté, on en a fait des slogans publicitaires.]
Louis-Henri de La Rochefoucauld-narrateur cherche un sujet de roman. Pour Andreï Makine (de l’Académie française) rencontré au Wepler et page 16, le sujet est tout trouvé : la révolution ! « Refléchissez-y, La Rochefoucauld ! Aucun autre thème n’est intéressant pour vous. Vous ne pouvez qu’y revenir » Makine fait allusion au précédent livre de La Rochefoucauld-auteur : La Révolution française, Gallimard, 2013). La Rochefoucauld (lequel ? on ne sait plus) réfléchit : « La victimisation était tendance, mais le sanglot de l’aristo ne m’avait pas semblé un créneau porteur pour s’attirer les faveurs des médias » Pas faux.

Heureusement, La Rochefaucauld (l’auteur cette fois) a plus d’un tour sous sa plume. Et surtout : il manie avec style l’humour le plus fin et l’art de la dérision.

Son double romanesque se lance alors dans un projet fou : écrire une biographie de Louis XVI. « J’avais le goût des causes perdues, et, de même que le malaise aristocratique état inaudible, le plus grand des guillotinés était indéfendables. Quand aurait-il enfin un bon avocat ? » La Rochefoucauld-narrateur prévient, les condamnations à morts de la reine et du roi « avaient été expéditives » et il compte bien y remédier : « Il était temps de rouvrir leurs dossiers et de réécrire l’histoire. »

Dans un bar clandestin du quartier latin (presque un alexandrin !), « un repaire de royaliste, d’olibrius et de non-alignés, comme on n’en voit plus », La Rochefoucauld-narrateur croise le fantôme de Louis XVI, qui vit tranquillement parmi nous sous le nom de Louis Robinson (adresse personnelle : 17 quai Bourbon). A partir de cette rencontre, le roman prend son envol, devient tour à tour réflexion sur la chute de la monarchie et contemplation aussi loufoque que grave de notre époque.

La Rochefoucauld-auteur, fin observateur (Ah ! presque un alexandrin, encore !), s’amuse autant avec ses personnages qu’avec ses lecteurs qui assistent à un improbable et réjouissant cours d’histoire.

Mais ce livre ne se réduit pas à une simple fantaisie littéraire. Le roman pose plus sérieusement que ça en a l’air la question de l’héritage, de la transmission : que léguer à ses enfants quand on a que des châteaux de sable à leur offrir ?

Étonnant, subtil, mélancolique, drôle, le roman enthousiasmera même ceux qui ont peur des fantômes.

Les Garçons de la cité-jardin, Dan Nisand, LEs AVRILS

Certains romans vous arrachent au quotidien, vous frappent, vous bouleversent, vous remuent. Ils vous obligent aussi à la concentration, à monter à l’assaut de la phrase, de la page. Car au-delà de l’histoire, il y a une écriture. D’un mot : un style.

Dans Les Garçons de la cité-jardin, chaque mot est pesé, chaque personnage, habilement dessiné, chaque dialogue aussi juste que s’ils étaient interprétés par un comédien de la Comédie française.

L’histoire – à la fois celle de ces « Garçons » (les Ischard) que de « la cité-jardin » (à Hildenbrandt, où on croyait à l’utopie d’une « une communauté idéale ») – prend de l’ampleur, chapitre après chapitre.

Comme tous les garçons du monde, « les enfants bénis de la cité-jardin complotent à devenir des hommes. » Mais on sait bien que ce n’est pas toujours facile.

La cité tremble quand les Ischard passent. Entendre crier dans la rue « Je suis un Ischard ! » et les yeux se détournent ou plongent sur les chaussures. Et encore : « Quand il était question d’eux, nul n’avait jamais été besoin de prononcer leur nom. » On voit le genre : « Irresponsables, asociaux, meneurs et récidivistes.  »

Les Ischard ont appris à vivre avec l’absence de leur mère et un père taiseux. Photo de famille : Virgile, l’aîné, une brute parfois mélancolique ; Jonas « de constitution moins solide » (donc plus hargneux) a le coup de poing facile. Le dernier des Ischard apporte un peu de lumière. Melvil, « un enfant si sensible » qui tente de tracer sa route en échappant à la violence du monde (et de ses frères). Au sortir de l’adolescence, il bosse au service courrier « dans le sous-sol de la cité administrative ». Il s’accroche à ses amis, William et Hippolyte : « Un ivrogne et un infirme. Un intellectuel et un demeuré. Deux couillons. » Pas sûr que ça aide vraiment. Et puis un soir, « Nelly Burgmüller est là, dans le salon des Ischard, assise sur leur canapé. » Pas sûr non plus que ça arrange les choses de la vie…

Dans ce roman social d’une tension extrême – la fin est prodigieuse –, Dan Nisand nous raconte l’histoire de ceux qui tentent de donner un sens à leur vie quand tout semble sans espoir. Une question en filigrane : peut-on échapper au déterminisme social ? Une piste : « Dans le fond, un Ischard reste un Ischard, se dit-il comme pour se consoler – se convaincre. » Après avoir lu Les Garçons de la cité-jardin, le lecteur, lui, ne sera plus tout à fait le même lecteur.

24 Fois la vérité, Raphaël Meltz, Le Tripode

On suit Raphaël Meltz depuis son premier livre (c’était aux Éditions du Panama, Mallarmé et moi. Hilarant, déjà.) Il revient avec un livre drôle, iconoclaste, pétillant, réjouissant.

Adrien est journaliste spécialisé dans le numérique – ça l’intéresse moyennement et il porte un regard décalé sur le monde qui a pris possession de notre temps (et de nos vies). Lui, ce qu’il aime, Adrien, c’est écrire. Il cherche un sujet de roman (comme par hasard).

« Pour écrire un roman, il n’y a qu’un seul cadre que j’accepte de me fixer, un seul cadre : pour écrire un roman, je dois être capable de convoquer les spectres – quelle autre définition, quelle meilleure définition que celle-ci, pour être écrivain il faut pouvoir convoquer les spectres m’avait dit un vieux monsieur un soir, c’était le 25 octobre 1995, c’était un clochard céleste comme on dit, un clochard lecteur… »

Les spectres ? « Tu devrais écrire sur papy c’est quand même un sacré sujet de roman » lui souffle son père. Papy ? Gabriel ? Celui qui a été un des premiers opérateurs du cinéma ? Celui qui a parcouru le vingtième siècle derrière sa caméra ? Hum… pourquoi pas se dit Adrien qui doit quand même y réfléchir un peu.

Raphaël Meltz aime jouer avec l’inter-textualité, ses personnages et surtout son lecteur.
On ne le dira jamais assez : quand il y a de l’humour à l’écriture, il y a du plaisir à la lecture.
Le style de Raphaël Meltz, c’est l’ajout, la circonvolution, la phrase qui tourbillonne, l’ironie qui mord, le dialogue qui frappe et la pensée qui claque.
Ce roman n’est pas seulement le lieu de la joyeuse gaudriole : il y a aussi beaucoup de sensibilité dans le portrait de Gabriel avec qui on traverse le siècle de 1919 au 11 septembre 2001.
Avec ce roman, Raphaël Meltz réalise exactement ce que son personnage Adrien ambitionne de faire : un livre qui avance « par cercles concentriques, c’est-à-dire tourner autour d’un sujet et avancer en même temps, se déplacer, dans le temps, dans l’espace, la perspective, la dimension, sans le faire de façon linéaire, ça c’est tellement facile… »

Raphaël Meltz construit son roman ainsi, passant d’une époque à l’autre, d’un sujet à l’autre, d’une théorie à l’autre. On rit beaucoup, on revisite l’histoire du cinéma, on ne veut ps que ça se termine trop vite. Mais même les bons romans ont une fin.

Journal de la vie littéraire #4

Journal de la vie littéraire #4

Cette semaine, toute l’édition française était suspendue aux
listes de prix. Attente fébrile. On imagine dans quels états se trouvaient éditeurs et auteurs. Quand je vois les listes tomber, étrangement, je ne pense pas aux auteurs (et aux éditeurs) sélectionnés, mais aux absents. Ceux qu’on ne voit
pas, ceux qu’on aurait bien vus.
Liste après liste, on prend conscience qu’on ne les verra plus du tout. Ni dans les sélections, ni sur les tables des libraires. Ils disparaîtront de la rentrée. Le temps des désillusions arrive toujours plus vite que prévu. Le directeur de Stock, Manuel Carcassonne, dans un article au titre éclairant «La grande illusion de la rentrée littéraire» (La Revue des deux mondes, septembre 2021) analyse : «La rentrée littéraire est un miroir de nos péchés et de nos caprices, un accélérateur de nos faiblesses, un convertisseur de nos rares qualités en d’âpres défauts ; seuls les saints, et ils sont rares, traversent cette épreuve du feu sans perdre la tête. Certains disent : plus jamais ça ! J’en connais un, doué, qui arrêta d’écrire après avoir été recalé au Goncourt, soudain cancre.»

Goncourt.
Alors, qui trouve-t-on sur la liste ? [Cliquez ici pour
le savoir et aussi :  Le Renaudot, Le Femina, le Wepler…]. Elisabeth Philippe sur le site bibliobs remarque : «Cette première sélection du Goncourt est à l’image de la rentrée littéraire : ouverte, sans nom qui domine réellement.
Bref, tout est possible.»
Vraiment? On a l’impression quand même de retrouver les mêmes noms qu’ailleurs (et toujours les mêmes, sans grande surprise).
Pour Le Figaro, Mohammed Aïssaoui s’enthousiasme : «Le jury a prêté attention à des petites maisons telles que Mialet-Barrault qui fête ses deux ans !» (Il vise Philippe Jaenada et  son formidable Au Printemps des monstres) Rappelons quand même que Betty Mialet et Bernard Barrault sont dans l’édition depuis les années 70. Les éditeurs expliquent sur leur site : la création en 2020 en plein confinement d’une maison est « surtout le prolongement d’une longue aventure ».

Angot
«Le seul nom de Christine Angot risque, comme toujours, de faire grincer quelques dents.»
souligne Elisabeth Philippe. Pourtant, pour le moment, on a l’impression que le livre fait
l’unanimité. Petit tour d’horizon :
« Prenant le risque de s’enfermer dans un sujet unique, [Christine Angot] poursuit le puzzle débuté il y a vingt-cinq ans » constate Laëtitia Favro dans Lire-Magazine Littéraire (N°499) Valérie Marin La Meslée dans Le Point (n°2559) ne dira pas le
contraire « Alors oui, c’est sûr, on entendra que dans son nouveau roman Christine Angot ne dit rien de nouveau. » Mais « les livres de Christine Angot révèlent chacun un nouvel angle mort. » note Camille Laurens dans sa chronique du Monde des livres (N°23842) Pourquoi changer de sujet ? « Écrire est quelque chose qu’on estime devoir faire. Devoir. « Il faut que je le fasse » : j’ai besoin de ça pour me lancer. » confie à Minh Tran Huy dans Madame Figaro (n° 23961) Christine Angot, « exceptionnelle romancière » d’après Fabienne Pascaud dans Télérama (n°3736) – elle s’y connaît. À ce jour, on ne voit toujours pas qui grincent des dents.
Le roman, que vaut-il ?
Un « texte déchirant », « très tonique, libérateur » pour Claire Devarrieux dans Libération (n° 12501) Vous aimez les adjectifs ? en voilà d’autres : « étouffant, saisissant, impressionnant » pour Marianne Payot dans L’Express (n°3659) « Un texte d’une puissance inouïe sur le silence et l’inaction, la collaboration tacite. Un livre important. » pour Nelly Nelly Kaprièlian et Les Inrocks (maintenant mensuel, n°3) Pierre de Gasquet – dans Les Echos (n°23532) – s’intéresse au style : « Comme chez Marguerite Duras, le dialogue écrit envahit ses livres comme un remède aux insuffisances du récit. Mais il y a aussi une observation scrupuleuse, souvent poétique, des situations et des décors. » Il partage l’analyse de ses consœurs : « Dire qu’elle ressasse son traumatisme relève du truisme. Comment ne pas ressasser une tragédie ? La force de son écriture réside dans cet art de la dissection. » Dans L’Obs (n°2965) Elisabeth Philippe
écrivait à la fin de l’été : « Comme si tout ce qu’elle avait écrit jusqu’à présent, avec éclats, avec fracas, échouant parfois tapageusement, se trouvait ici rassemblé et unifié. Peut-être
qu’enfin les lecteurs vont comprendre non pas comment Christine Angot est devenue folle, mais pourquoi elle est devenue écrivain. »
(Nous retombons dans nos thèmes de prédilection !) « Lire Le Voyage dans l’Est, c’est avoir une idée de ce qu’est la douleur, et la littérature. » conclut pour nous Olivia de Lamberterie (Elle, n°3949).

Critiquer la littérature
Mais peut-on avoir une idée de ce qu’est la littérature ? La question ne finit jamais d’animer les débats. On n’aura
sans doute pas la même définition de la littérature selon qu’on est auteur, éditeur, libraire, simple lecteur ou critique professionnel. Interrogé par La Revue des médias de l’Ina sur l’état de la critique, Pierre Assouline explique : « Il faut aussi savoir ce que signifie “critiquer”. » On est bien d’accord. «Ce n’est pas dire “j’aime” ou “je n’aime pas”» On est bien d’accord. «Il faut avoir une familiarité avec l’art en question, replacer l’œuvre dans le contexte du travail de l’auteur, voir dans quelle tradition elle s’inscrit, et aussi avoir une capacité d’écriture et de synthèse.» Et ce n’est pas donné à tout le monde.
C’est aussi prendre le risque de se tromper. Et sur le livre, et sur l’auteur et sur la littérature. La semaine dernière, dans Les Échos week-end, François Busnel revient justement sur «certaines erreurs de jugement.» Evoque-t-il son trop-plein d’enthousiasme ? Non : on n’est jamais assez enthousiaste quand on défend la littérature (mais qu’est-ce que la littérature, à la fin !?!) François Busnel regrette sa position sur Michel Houellebecq qu’il jugeait autrefois surestimé : «C’est une erreur que je confesse volontiers. Je me suis trompé. Je ne suis plus le même lecteur qu’il y a vingt ans. Aujourd’hui, je pense que Houellebecq est l’un de nos écrivains les plus pénétrants et les plus subversifs.»
On peut encenser un auteur qui va mal tourner et aussi ne
pas lire un auteur qui, au fil des livres, va construire une véritable œuvre qu’on aura négligé à ses débuts. On imagine aisément l’angoisse du citrique : passer à côté d’un grand livre, d’un grand auteur. Ainsi chacun se surveille, et tout le monde parle en priorité des mêmes livres – publiés chez les mêmes éditeurs.

Frédéric Beigbeder est le genre de critique à l’enthousiasme
communicatif.  La semaine dernière dans sa chronique littéraire de Figaro Magazine, il écrivait : « Je tiens à remercier Abel Quentin de m’avoir permis de revenir aux fondamentaux du
métier de critique littéraire : admirer. »
Beigbeder, toujours à
l’affût des tendances, analyse : « Il existe désormais une école de romanciers néobalzaciens, disciples de Houellebecq, qui décrivent la déliquescence française avec un sarcasme vengeur. »
Abel Quentin est l’auteur d’un deuxième roman Le Voyant d’Etampes (Édition de L’Observatoire), qui se place, lui aussi, sur plusieurs listes de Prix. Dans Le Point Michel Zink – de l’Académie française, s’il vous plaît – nous dit que « Le roman est excellent. Il est amusant, glaçant et instructif. »
Louis-Henri de La Rochefoucauld partage sans doute cet avis. On peut lire dans L’Express : c’est un roman «ultracontemporain» qui permet à son auteur d’«ausculter les cancers de l’époque.» La Rochefoucauld pose, noir sur blanc, la question qui nous brûle les synapses en riant à chaque page de ce roman : «Un livre d’anar de droite ?»
Le critique de L’Express nous donne la réponse, ouf : « Pas
du tout, et c’est là tout le talent de Quentin : se servir du roman pour mettre en scène les idées les plus variées sans se prononcer lui-même. Impossible de savoir ce qu’il pense. »
L’auteur n’est pas le narrateur, rappelons-le. Le romancier sait rester secret et ne pas dévoiler le fond de sa pensée.

Le jeune Mohamed MBougar-Sarr qui met en scène un écrivain dans son roman – très remarqué aussi par les jurés (à juste titre) – La plus secrète mémoire des hommes (Philippe
Rey) –, ne nous contrarierait sans doute pas.
Extrait :

« – Je parie que tu es écrivain. Ou apprenti écrivain. Ne t’étonne pas : j’ai appris à reconnaître les gens de ton espèce au premier coup d’œil. Ils regardent les choses comme s’il y avait derrière chacune d’elles un profond secret. Ils voient un sexe de femme et le contemplent comme s’il renfermait la clef de leur mystère. Ils esthétisent. Mais une chatte n’est qu’une chatte. Il n’y a pas à
baver votre lyrisme ou votre mystique en y noyant vos yeux. On ne peut pas vivre l’instant et l’écrire en même temps.
– Bien sûr que si. On peut. C’est ça, vivre en écrivain. Faire de tout moment de la vie un moment
d’écriture. Tout voir avec les yeux d’un écrivain et…
– Voilà ton erreur. Voilà l’erreur de tous les types comme toi. Vous croyez que la littérature corrige la vie. Ou la complète. Ou la remplace. C’est faux. »

Nous voilà prévenus. Pourquoi écrire alors ? Si on ne
peut pas corriger la vie ?
« J’écris pour canaliser des peurs, explorer des obsessions. » révélait Jean-Baptiste Del Amo en début de semaine au Figaro. (Une piste intéressante) Il prévenait aussi : « J’essaye de ne jamais penser au lecteur quand j’écris, car c’est paralysant. Dans un premier temps, l’écriture est un mouvement égoïste. […]
Dans un second temps, vient le partage. Arrivé à la fin, inévitablement, je me demande comment sera reçu le livre. »
Bien donc, puisqu’il a reçu le prix Fnac.

“J’écris!”
Loin des Prix littéraires – encore que… – dans L’Obs, cette semaine, Alain Mabanckou (écrivain et éditeur) raconte qu’il est allé au Café de Flore avec Charles Dantzig (éditeur et écrivain). Mabanckou préfère les cafés du 18e arrondissement, mais ce n’est pas lui qui a choisi le lieu du rendez-vous. Quand deux auteurs se rencontrent, ils parlent littérature. On le sait bien, quand on est passionné, on s’emporte, la voix monte : « La littérature française du continent noir n’aborde pas la question de la “bourgeoisie africaine” ! » s’enthousiasme Mabanckou. On imagine la conversation passionnante, on regrette de ne pas être assis à la table d’à côté. Soudain, un coup résonne dans le café grouillant de vie. Les deux auteurs sursautent : « C’est notre voisine. Elle se tourne vers nous et hurle de toutes ses forces : “Silence !!! J’écris !!!” »
La table d’à côté était donc prise, aucun regret.

Livre-Monde
Revenons, pour finir, à Mohamed MBougar-Sarr (raté pour ma « capacité de synthèse »). Les sélections pour les prix pleuvent sur ce « livre-monde, qui nous entraîne à Paris, Dakar, Amsterdam et Buenos Aires, où l’on traverse les apocalypses du XXe siècle comme on croise Borges, Sábato et Gombrowicz » (dixit Télérama n° 3736, sous la plume de Youness Bousenna. «Un joyau de savoir-faire qui vous enchante, vous transporte et vous poursuit » prévient Marianne Payot dans L’Express (n° 3660). Pour Oriane Jeancourt Galignani dans Transfuge (n°150) Mbougar Sarr glisse son stylo dans l’encrier de Nabokov : « l’auteur affectionne un même ton ironique et réflexif, joueur et poétique, pour feindre de nous mener vers une réalité qui toujours échappe. »
Si on en croit Laëtitia Favro, dans Lire, « Son inventivité, son audace et l’intransigeance de sa langue font de ce livre, qui confronte les nécessités de vivre et d’écrire, une déclaration d’amour à la littérature propre à réenchanter une rentrée un brin
austère. »
Austère, la rentrée ? Pourtant, cette rentrée nous paraissait tout sauf austère. Je tiens justement une liste de livres drôles et iconoclastes. Malheureusement, nos amis les journalistes n’en ont pas encore parlé : vivement la semaine prochaine.

Feu de Maria Pourchet, Fayard, 2021

Depuis son premier roman – Avancer, 2012, Gallimard – nous suivons avec attention et enthousiasme le travail de Maria Pourchet. Nous avons déjà signalé dans nos pages son humour, son regard sur le monde, ses habiles constructions narratives, la fougue de ses phrases et ses trouvailles stylistiques. Ça n’aura échappé à personne, Maria Pourchet publie son nouveau roman dans cette rentrée littéraire (Feu, Fayard).

Une fois encore, c’est une très grande réussite. Sur une histoire apparemment banale, elle parvient, grâce à la flamboyance de son écriture, un véritable tour de force. L’histoire est simple, donc : Laure, professeur d’université, s’ennuie dans son couple et dans son rôle de mère. Elle est à un moment de sa vie où elle aurait bien envie de tout envoyer valser (40 ans). Elle rencontre Clément, 50 ans, célibataire, qui, lui, s’ennuie dans son boulot (la finance). Homme sans illusion, son quotidien est d’une morosité absolue – il vit avec un chien, prénommé Papa à qui il détaille ses journées et confie les élans de son cœur. Entre Laure et Clément va brûler une passion ardente. Clément prévient, provoquant : « Attention Laure, on peut tomber amoureuse comme on devient de droite, comme ils devenaient nazis. Par mégarde. Sur un malentendu, une histoire de cul au bon endroit, la sonate numéro 23 au bon moment. » Une simple question de désir ? De moment ? Une envie de se sentir vivant dans les yeux de l’autre, dans ses bras. Alors qu’elle retourne vers sa vie de famille après une après-midi d’amour, Laure s’étonne : « Tu ne peux pas croire que Clément, son Alfa encore à deux cents et sa main et ses lèvres ne se voient pas dans tes yeux. » Comment ne pas voir la passion qui consume Laure de l’intérieur ?

On lit ce roman comme on court pour échapper aux flammes, à bout de souffle. Les phrases cavalcadent, on imagine que les mots brûlaient les doigts de Maria Pourchet. Quand les scènes s’allongent, c’est aussi sublime qu’un voyage à Sienne avec sa maîtresse ou son amant (on n’a pas essayé). Autre moment de grâce : les rapports entre Laure et sa fille aînée, Véra, adolescente qui fait tout pour agacer son monde – en particulier sa mère qui a pourtant la tête ailleurs.

Grand coup de cœur pour ce coup de Feu !

Retrouver aussi Le Journal littéraire de Maria Pourchet dans le numéro à paraître en octobre.

Recevez en avant-première ce numéro en vous abonnant dès aujourd’hui à la revue sur le site : ici.

Journal de la vie littéraire #3

La même attention

Dans le dossier du Figaro Magazine sur la rentrée littéraire – la rédaction présente ses 20 coups de cœur (les mêmes que dans les autres journaux, pas d’inquiétude) – une publicité attire mon attention. Sur une pleine page Le Figaro Littéraire (ça reste la famille) annonce une conférence – pardon, on dit masterclass maintenant – qui promet « un évènement exceptionnel ». Le thème : « Comment se faire publier ? Dans le secret des maisons d’édition » Le « secret » ? Vraiment ? Il y a donc encore de futurs auteurs qui se posent la question ? (Ce « rendez-vous numérique » a lieu le 29 septembre, vous pouvez encore vous inscrire si vous « ambitionnez de transformer [votre] manuscrit en un livre ») L’édition attire donc toujours. 2154 nouveautés en trois mois, et moi et moi et moi. Rappelons qu’avant l’été, les éditions Gallimard ont fait couler beaucoup d’encre en publiant ce message sur leur site : « Compte tenu des circonstances exceptionnelles, nous vous demandons de surseoir à l’envoi des manuscrits. Prenez soin de vous toujours et bonnes lectures. » Une éditrice de la maison expliquait à France Info : « Nous tenons à accorder la même attention à tous les manuscrits que nous recevons et nous répondons à tous les envois. C’est un travail considérable qui demande de la minutie et de la disponibilité d’esprit. C’est pour toutes ces raisons que nous avons demandé de suspendre, tout à fait momentanément, l’envoi des manuscrits. »

Tout pour se faire publier

Peut-on reprendre les envois ? Après avoir lu Biba ce mois-ci, sans aucun doute. La Une donne le ton : « J’écris mon premier livre : tout pour se faire publier. » (Témoignages à l’appui, donc.) L’auteur du dossier prévient en préambule : « Selon une enquête Harris Interactive, plus de 5 millions de personnes ont entamé, en France, l’écriture d’un manuscrit pendant le premier confinement. » On comprend alors la réaction des Éditions Gallimard. Le journaliste va plus loin : « Une autre étude […] montre, elle, que 84 % des femmes aiment écrire. » Mais qui n’aimerait pas ? Rappelons que ce n’est pas parce qu’on écrit que l’on devient écrivain (et surtout qu’on doit publier). Dans un encart, la rédaction a listé 10 conseils que je recommande de ne pas suivre (sauf le dernier) si vous ambitionnez vraiment d’écrire. Conseil numéro 9 : « Ne pas ignorer la logique des algorithmes si vous choisissez l’autoédition. Selon les premiers jours de vente sur Amazon, il peut figurer dans les recommandations du moteur de recherche et rencontrer un large public. » Ouf ! Les conseils concernent seulement ceux qui choisissent l’autoédition. La chaîne du livre peut souffler – et nous avec.

Pour savoir comment écrire un livre, il est préférable de se renseigner auprès d’écrivain. Ça tombe bien, c’est la saison des auteurs, on peut en écouter à la radio, en voir à la télé, en croiser en librairie. Le magazine Elle a interrogé Cécile Coulon sur sa pratique de l’écriture. Pour l’auteure de Seule en sa demeure – L’Iconoclaste (c’est le nom de la maison d’édition, je précise) – c’est « entre 7 heures et 13 h 30 » Là, Cécile Coulon est « complètement opérationnelle ». Pas de petit-déjeuner, précise-t-elle : « Je prends de l’eau, un café et un Matimalt » Si vous ignorez tout de Matimalt, lisez Elle, c’est page 84 – on ne peut pas tout vous dire. Et ensuite ? « Un gros brunch ». De son propre aveu, Cécile Coulon ne peut plus rien faire jusqu’à 17h30-18h, à part une petite sieste, de la course à pied ou la lecture d’un livre (déjà un sacré programme, diraient certains). Le soir, elle peut s’y remettre – ou pas, selon l’humeur. Dans le magazine Causette, elle précise : « Je voue ma vie à l’écriture. Elle est toujours passée avant tout le reste, avant ma vie privée, mes amis. » Voilà déjà une recette : une bonne hygiène de vie et un engagement sans limite dans le travail.

Si on en croit Télérama, on pourra aussi lire le prochain livre d’Edouard Louis pour se faire une idée sur le métier d’écrire. L’hebdomadaire culturel prévient : « chaque livre d’Édouard Louis est un événement, et Changer : méthode […] ne dérogera pas à cette règle. » Nous voilà rassurés. Dans ce livre, Edouard Louis « redéroule, avec une sincérité et une douleur également bouleversantes, le fil de l’itinéraire qui l’a conduit d’« un monde qui rejetait tout ce [qu’il] étai [t] » à l’écriture et la publication de son premier livre. » Vivement le 16 septembre, donc.

Un combat

On l’aura compris, écrire, ce n’est pas simple. Didier Jacob, dans L’Obs, à la faveur d’un papier sur le nouveau roman de Philippe Djian (Double Nelson, Flammarion) écrit : « le pire combat est celui de l’écriture ». Il a aussi noté une phrase dans le roman de Djian : « Je ne souhaite pas d’être écrivain à mon pire ennemi ». Ça donne l’ambiance.

Heureusement, tous les ans, de nouveaux auteurs osent se jeter dans l’arène, plume à la main. Comme le précise la directrice des éditions Héloïse d’Ormesson dans le magazine Lire Le magazine littéraire (ça sonne comme une injonction) : « La rentrée littéraire est sans merci. Une course d’athlétisme complète. » Il faut donc avoir du souffle. Sur les 75 premiers romans sur la ligne de départ, Le Figaro Littéraire présente douze « nouveaux visages » sur quatre pages – tout au long du mois de septembre le journal proposera sa sélection de nouveaux auteurs. Eric Neuhoff – on ne sait pas pourquoi – prévient : « Un premier roman, c’est souvent une gueule de bois soulagée par la syntaxe » Qu’a-t-il voulu dire ? (On a des phrases bien meilleures de Neuhoff dans nos carnets si vous voulez.)

Paris Match, la semaine dernière, informait ses lecteurs : « C’est en dehors des habituels chemins balisés que l’on trouve les meilleurs romans du moment. » Comprendre les premiers romans. On retrouve alors en pleine page le magistral premier roman de Dan Nisand, Les garçons de la cité-jardin (éditions Les Avrils). [Je me dois de préciser que Dan Nisand a publié ces dernières années plusieurs textes dans la revue Décapage.]

Cette semaine dans Paris Match encore, on tombe sur une énigme : « Il a sept livres qui sortent en cette rentrée… Mais il n’en signe qu’un seul. » Qui est-il ? Vous avez deux minutes.

Le temps de lire Le Point où Christophe Ono-dit-biot s’offre un tête à tête avec Mario Vargas Llosa. A 85 ans, l’auteur de Temps sauvages, (Gallimard, traduction de l’espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan et Daniel Lefort) explique que ça n’a jamais été facile d’écrire. « Et cela me coûte beaucoup plus aujourd’hui ! » Une autre recette pour nos lecteurs avides de bons plans ? « Avant je travaillais six jours sur sept. Maintenant c’est sept jours sur sept. Parce que j’ai toujours des projets. Je sais que je n’arriverai jamais à tous les matérialiser, mais cela me fait sentir que je suis encore vivant. » Bon procédé pour se sentir exister – et vous pouvez essayer chez vous sans risque. Mario Vargas Llosa assure aussi que « lire un bon roman nous rend plus critique à l’égard de ce qui nous entoure, et que c’est extrêmement subversif dans une société qui prétend exercer un contrôle absolu sur l’individu. » (Ça marche également si on ne vit pas en Amérique latine.) Alors ? « Il a sept livres qui sortent en cette rentrée… Mais il n’en signe qu’un seul. » Une piste ? Fin du suspens : il s’agit d’un traducteur. Nicolas Richard a traduit plusieurs livres qu’on trouve sur les tables des libraires et publie, sous son nom, Par instants,le sol penche bizarrement. Carnets d’un traducteur chez Robert Laffont. D’après Paris-Match, Nicolas Richard « dresse un catalogue cocasse des auteurs anglo-saxons qu’il a adaptés, et évoque le côté ludique d’une activité qui pourrait passer pour rébarbative. » Lui n’a pas l’air de se plaindre.L’aspirant écrivain qui voudrait aussi traduire des livres pour gagner sa vie devrait y trouver quelques astuces…

Journal de la vie littéraire #2

Le bon moment

Dans l’édition du 30 septembre 1929 – année sombre, on s’en souvient – du journal La Presse – fondé en 1836 par Émile de Giradin – on trouve une question qui anime les éditeurs et les auteurs depuis des lustres, et aujourd’hui encore :

Quel est le bon moment pour publier un livre ?

Cette question, c’est Maurice Roya, écrivain et journaliste, qui la pose dans son courrier littéraire de La Volonté (j’ai fait une recherche, je n’ai rien trouvé sur La Vérité – mais sait-on encore de nos jours où et comment trouver la vérité ?).

Alors ? Quand doit-on publier un livre ? Une idée ?

Le journaliste de La Presse écrit : « À la veille de la rentrée, de la grande rentrée littéraire (qui va nous valoir pendant octobre et novembre un flot de dix ou quinze volumes par jour) » [Dix ou quinze volumes par jour ? Vraiment ? Considérons seulement les jours ouvrables, une moyenne de volume 12,5 – tant pis pour le livre coupé en deux –, ça fait… 550 « volumes » en deux mois. Bon score. Nos rentrées littéraires n’ont pas à rougir]

Pourquoi autant ? « Les partants du prix Goncourt ou du prix Fémina sortent, cela va de soi, dans les deux premiers mois du trimestre. Mais les livres non-candidats ? » Ben oui, pourquoi venir brouiller la tête des lecteurs et creuser leurs économies ?

Mais le journaliste s’inquiète : « Nous voici au 1er octobre, et c’est à peine si on voit signe de vie, dans les halls des maisons d’édition, ou aux devantures des librairies. » Mais où sont donc les lecteurs ? Rappelons qu’on est en 1929 – année de crise, déjà, on imagine qu’ils avaient autre chose à faire.

Le journaliste de La Presse qui n’a pas signé son billet, précise que Maurice Roya « a dressé un petit tableau » qu’il s’empresse de recopier pour le soumettre « aux méditations de nos amis auteurs et éditeurs » et je m’apprête aussi à recopier à mon tour pour qui veut :

« Octobre : mois du terme (mauvais). Novembre : bon pour les livres tristes. Décembre : on économise pour les étrennes (mauvais). Janvier : mois du terme (mauvais). Février : il pleut, il neige (bon pour les romans). Mars : idem. Avril : mois du terme (mauvais). Mai : on commence à sortir (mauvais). Juin : on sort, on va au café (mauvais). Juillet : on se prépare pour les vacances… et le terme (mauvais). Août : on est au bain, on ne lit plus (mauvais). Septembre : on est revenu, mais on a beaucoup dépensé (mauvais). »

« Bon pour les livres tristes »

« On ne peut pas dire que M. Maurice Roya soit très optimiste. » note son confrère. En effet, neuf mois mauvais contre trois mois favorable à la littérature et aux romans. Et encore avec une réserve, novembre est seulement « bon pour les livres tristes ».  On peut se demander par quel retournement de l’histoire du roman, on trouve aujourd’hui toute l’année des feel good Books… Les livres qui font du bien, comme si les autres voulaient du mal aux lecteurs – certains, oui, sans doute.

La preuve, l’hebdomadaire La Vie a cherché dans la rentrée littéraire 2021 une sélection qui fait « la part belle aux romans généreux qui, avec style, finesse et complexité, font ressortir ce qu’il y a de meilleur en l’humain » On s’empresse de préciser : « de quoi affronter la dureté du monde qui vient. » (Merci La Vie !) Douze romans sont sélectionnés – dix sont écrits pour des femmes (mais pourquoi cette manie de compter ?) « Dans ces romans loin de toute mièvrerie, qui n’échappent pas à une certaine noirceur, les enfants, les fantasques, les cabossés, les originaux et les fous sont des héros en majesté. Non que leur innocence les protège du mal à l’œuvre, mais leur sensibilité intacte face aux blasés leur offre en retour une puissance inégalée. » Vous êtes impatients, voici la liste de ses auteurs qui peuvent nous rendre confiance dans le genre humain : Natacha Appanah, Ananda Devi, Clara Dupont-Monod, Lydie Salvayre, Maryse Condé – Elle nous apprenait la semaine dernière qu’elle était la « doyenne » de la rentrée – Amélie Nothomb, Claire Conruyt, Agnès Désarthe… Vous voulez vraiment les 10 ?

Dans Le Pèlerin, on ne prend pas de risque, la rentrée est labellisée : que le lecteur qui a peur de se perdre dans les pages suive le logo jaune Rentrée littéraire. La première sélection de la rentrée 2021, sans risque, vante « le charme intact des grandes plumes » Qui sont ces grandes plumes ? La précision arrive juste en dessous : « Figures françaises récurrentes de la rentrée littéraire, et parfois même piliers de cet événement » Les valeurs sûres. Delia Balland, Anne-Laure Bovéron, Muriel Fauriat, Sophie Laurant & Isabelle Vial (attachées de presse, mettez à jour vos tablettes, voici le service livre de La Vie !) le confient : « leur prose et leur propos nous ont embarqués. »

Rire et littérature

Comme tout le monde, on n’a pas lu Les Inrcoks (doit-on dire Les Inrocku maintenant ?). Sur la couverture, on nous assure que l’avenir de la littérature se trouve sous nos yeux. « La relève, c’est eux » affirme le magazine. Eux ? Marin Fouqué, Kaouta Harchi, Maryam Madjidi, Mathieu Palain. Sur la photo, elle n’a pas l’air vraiment heureuse la nouvelle génération. On ne doit pas plaisanter tous les jours aux Inroks. Cela dit, si on en croit La vie : « La littérature n’est pas chose tiède. » Pas sérieux s’abstenir, on n’est pas là pour rigoler.

En effet, Agnès Desarthe l’affirmait il y a quelques semaines dans Télérama – on a des archives ! : « Le rire est mal perçu dans la littérature française. Il ne fait pas partie des canons. En France, l’humour peut être présent dans les pastiches, dans la satire, mais dans un roman, non. » Pourtant on sait depuis longtemps les bienfaits d’un bon fou rire. Agnès Desarthe précise : « C’est mon outil essentiel. Le seul qui me permette d’aborder de manière précise, aiguë, les sujets les plus difficiles. Sans humour, il me manque toujours quelque chose. » Ce n’est pas nous qui allons dire le contraire. Ni Christine Montalbetti qui confie au journaliste Antoine Perraud dans La Croix – la rencontre a eu lieu « entre le parc des Buttes-Chaumont et celui de la Butte-du-Chapeau-Rouge, à deux pas du métro Danube » : « L’humour combat la mélancolie – tout en la permettant – face à l’absence. C’est une possibilité de vivre, de sauver du mutisme ». Christine Montallebetti dit aussi lors de cet entretien : « J’écris pour retenir ce qui s’enfuit : un lieu, un mot désuet, pourquoi pas une personne. Ce qui est révolu sera, je l’espère, restauré par le lecteur, qui va le réanimer. » Lecteur, décidément on compte sur toi. Mais ça ne devrait pas être trop difficile si on en croit Le Monde des livres qui a fait sa rentrée aussi cette semaine. Pour Fabrice Gabriel le nouveau roman de Christine Montallebetti est « un pur enchantement » Le roman raconte « à la Diderot, l’écriture d’un roman en train de se faire ». Voilà déjà de quoi satisfaire les lecteurs de Décapage qui savent que nous explorons les thèmes de la création littéraire depuis 20 ans.

Au nom du père

Avant de fermer pour la semaine La Croix, notons le « portrait » d’une auteure méconnue qui fait pourtant sa trentième rentrée : Amélie Nothomb – finalement, c’est plutôt le portrait de son père, sujet de son nouveau roman. Justement Le Figaro Littéraire pose la question « Que serait une rentrée littéraire sans livres consacrés au père ? » On peut réfléchir un peu ou on doit répondre tout de suite ? « Écrasante, crainte, haïe ou vénérée, la figure paternelle n’en finit plus d’inspirer les écrivains français. » (On renvoie aussi à la double page de L’Express la semaine dernière. Marianne Payot y remarquait que « rarement rentrée littéraire aura tant célébré, ou vilipendé, la figure originelle. ») Est-ce que les lecteurs suivront ? réponse dans quelques mois. Et on saura alors si c’était le bon moment de publier ces livres.

Numéro 64 octobre 2021

PARUTION FIN OCTOBRE 2021

 

Les Chroniques

Le Journal littéraireMaria Pourchet
Le début de l’été avec l’auteure de Feu.
Regards
Pourquoi persister ?
Dan Nisand se demande pourquoi écrire.
Un saut chez Ricciotti
Une rencontre sous le soleil menée par Julien Battesti
L’Interview imaginaire  Henry David Thoreau
Une discussion nature avec l’auteur de La Désobéissance civile et Walden.
Posture (et imposture) de l’homme de lettres  Jean-François Kierzkowski
Faut-il devenir sexy ?
L’Air Vilain • Philippe Vilain
Avoir un bon sujet
Et moi, je vous en pose des questions ?Jean-Baptiste Del Amo
Tout savoir sur l’auteur en moins d’une minute, montre en main

 

 

Les réseaux sociaux et moi!

En France, comme à l’étranger, on peut suivre son écrivain préféré sur les réseaux sociaux, lui envoyer un message, se lancer dans une grande conversation sans aller le rencontrer en librairie (ni même lire son livre), suivre son travail en cours et voir ses photos de vacances ou son dernier coup de coeur théâtre.
Fini l’écrivain dans sa tour d’ivoire qui attend l’inspiration ?
Pas si sûr. Si certains s’exposent sur les réseaux, s’en servent pour faire la promotion, pour échanger avec leurs lecteurs, ou pour expérimenter une forme de création, d’autres ne sont pas présents sur la Toile – ou ont pris la décision radicale de fermer leurs comptes.
Les réseaux sociaux : simple occupation, façon de meubler les temps morts, fenêtre sur l’époque, mise en scène de soi, véritable addiction ?
15 écrivains reviennent sur ce que la pratique – ou l’observation – des réseaux sociaux leur inspire.

Avec :
Blandine Rinkel,
Carole Fives,

Denis Michelis,
François-Henri Désérable,
Julia Kerninon,
Laurent Sagalovitsch,
Lisa Balavoine,
Marc Pautrel,

Olivier Liron,
Patrice Pluyette,

Pauline Delabroy-Allard,
Raphaël Meltz,
Thomas Vinau,

Valérie Zenatti,
Yves Pagès.

La Panoplie littéraire
Marie-Hélène Lafon

Entrée en littérature sur le tard, elle a petit à petit imposé sa voix. Dans le JDD (en 2016), Bernard Pivot : « L’écriture de Marie-Hélène Lafon est dure. Tenue, acérée, impitoyable. Mais aussi visuelle, sensuelle, avec, comme dans le regard des femmes, des éclairs de cruauté et de compassion. » Marianne Payot dans L’Express (2020) :
« Aucune graisse mais beaucoup de chair » dans ses textes. Les personnages de ses romans vivent en nous, comme les membres de notre famille qu’on ne fréquente plus mais à qui on continue de penser. Ses lecteurs se reconnaissent entre eux et dans ses livres. Beaucoup lui écrivent de longues lettres, bouleversés par ses romans. Marie-Hélène Lafon sait ce qu’elle doit à chaque lecteur et aussi aux libraires.
Pour tous, elle dresse sa Panoplie en toutes lettres, de A à Z.

© BAUDOUIN

Création

Erwan Desplanques
L’homme debout
Une nouvelle illustrée par Jean-Rémy Papleux
Georges Picard
L’intellectualité arrogante
Une nouvelle illustrée par Élise Jeanniot
Guillaume Tavard
C’est plus simple comme ça
Une nouvelle illustrée par Maya Brudieux

Abonnement découverte : n°64, 16 euros

Abonnement trois numéros (64 + année 2022) : 45 euros

Jacques Lemarchand, Journal, Claire Paulhan Éditions

Lemarchand et la littérature (et les femmes)

Jacques Lemarchand est journaliste, auteur et éditeur. Enfin, on devrait dire : était journaliste, auteur, éditeur. Il est mort en 1974. Il travaillait chez Gallimard – ce n’est pas ça qui l’a tué, on vous rassure. Il était dans les petits papiers de la direction. Preuves : Jean Paulhan lui a proposé de diriger la NRF en 1943 pour remplacer Drieu La Rochelle – mais Lemarchand a refusé, on imagine aisément pourquoi (même si pendant la guerre, il n’a pas vraiment été le plus résistant.) ; Gaston Gallimard – himself – le nomme au célèbre comité de lecture de la maison.

Le journal de Lemarchand est aussi intime que professionnel. Il consigne, pour lui-même – sans penser qu’on le lira 40 ans plus tard – les faits et gestes du quotidien. Exemples ? La main aux fesses qu’il glisse sans vergogne à une jeune auteure, ceux qui viennent le voir dans son bureau, les réunions du comité de lecture qu’il appelle « la conférence », ses déjeuners et soirées. Il est touchant de sincérité, ne s’épargnant pas. Il parle beaucoup de ses relations avec des femmes – autre époque ! C’est d’ailleurs très cru, comme dégagé de tout affect. Mais ça permet de saisir la psychologie de ce type qui est, dans le fond, terriblement seul.

Il a un style. Quasi télégraphique. Sec. Proche de la note.
Se soucie-t-il de qui le lire plus tard ? Non, pas à notre connaissance. Quand son journal a été trouvé dans son bureau chez Gallimard, il a été rendu à sa famille en leur demandant d’attendre au moins 30 ans avant d’envisager une publication.

Lemarchand a-t-il des choses à révéler ? Pas vraiment. Il n’y a pratiquement pas de mention de ce qu’il se passe dans le monde, comme s’il ne voyait rien, comme si ça ne l’intéressait pas.

Lemarchand et la littérature (et les femmes), c’est tout. C’est même parfois très frustrant. Si Ionesco passe le voir, il note : « Visite de Ionesco. » Que se sont-ils dit ? Le but de la visite ? On n’en sait rien. Par contre, il détaille comment il rentre d’un dîner : « En taxi », à quelle heure, il se couche : « 22h30 », ce qu’il fait après une bonne nuit : « Me fait sucer au réveil. »

Cet été, osez la lecture !

A lire : Jacques Lemarchand, Journal, Trois tomes, Claire Paulhan Éditions, 2020.

Journal de la vie littéraire – 01

Rituel

Depuis des mois les auteurs, les éditeurs, les représentants, les libraires et la fameuse chaîne du livre piétinent, tournent en rond, piaffent d’impatience, essaient d’attirer l’attention. Mais pourquoi tant d’agitation ? Pour « le si français rituel automnal, autour duquel communient auteurs, lecteurs et critiques » dévoile Le Monde. « Automnal » ? Vraiment ? Aujourd’hui, si on dit encore la rentrée de septembre, bientôt peut-être dirons-nous la rentrée d’août.

Chaque année, la rentrée littéraire semble commencer de plus en plus tôt. Souvent, les éditeurs sont encore sur la plage et les librairies sont fermées pour cause de « congés annuels ». Cette année, on a même vu sur les réseaux sociaux de prestigieux éditeurs faire, dès mi-juillet, des posts « sponsorisés » pour promouvoir des romans que les lecteurs ne pouvaient pas encore acheter. On préparait le terrain, tout en savonnant la planche aux livres qui attendaient sagement – ou désespérément ? – les lecteurs sur les tables des libraires. Ces livres étaient sans doute désormais moins bons, plus vraiment si importants, soudain moins magistraux, nécessaires et bientôt datés. Ainsi va la vie littéraire.

L’appel

Dans Télérama, Nathalie Crom pose une question : « Est-ce une volonté du monde de l’édition de voir se prolonger l’engouement pour le livre observé depuis quelques mois, en proposant au lecteur des retrouvailles avec des auteurs auquel il est attaché ? » Elle répond elle-même à la question : « Difficile à dire… » – ce qui évite de trancher.

Ce n’est pas « une volonté » soudaine, mais plutôt « une particularité bien française » comme le rappelle Thierry Clermont dans Le Figaro. Et ça s’appelle donc la rentrée littéraire. Raphaëlle Leyris explique aux plus distraits, dans Le Monde, « c’est une tradition irrationnelle » [qui] « consiste à publier des centaines de romans entre le mitan du mois d’août et la fin octobre. »

Thierry Clermont va plus loin et parle d’une « vaste machine littéraro-commerciale qui, chaque année, suscite commentaires, espoirs, et aiguise les appétits. » On espère ainsi que les lecteurs ne se seront pas étouffés avec les livres de l’été et qu’ils voudront encore se mettre de la (bonne) littérature dans l’estomac.

« Les fidèles ont répondu à l’appel. » note Valentine L. Delétoille dans Paris-Match.
Qui sont alors ses auteurs qui se tiennent en embuscade des tables des libraires et de nos bibliothèques ? Pour Marianne Payot, dans L’Express, les « auteurs les plus attendus » sont, entre autres, Christine Angot, Marc Dugain, Amélie Nothomb, Sorj Chalandon. Deux femmes, deux hommes, la parité est sauvé. Un point commun ? Ils « s’inspirent de leur père réel pour composer leurs tombeaux de papier. »

Dans Paris-Match, les « premiers coups de cœur », sur 521 romans et récits, sont pour Valérie Tong Cuong, Christine Angot et Amélie Nothomb et aussi pour Christophe Donner avec roman de 500 pages dans lequel « l’écrivain revient sur la Belle Époque, où les esprits brillants déraillaient ouvertement. Sans que cela ne choque personne. » explique Gilles Martin-Chauffier. On a envie de découvrir et on attend la suite des coups de cœur.

Olivia de Lamberterie et Clémentine Goldszal l’assurent aux lectrices (et lecteurs) de Elle : « La rentrée va nous faire vibrer, frissonner, enrager, rêver, fantasmer… » Leur sélection s’ouvre sur Philippe Jaenada et son « nouveau romanquête fleuve » (on en reparlera). Le Figaro Madame fait une promesse aux lectrices qui rentrent de vacances : « La nouvelle saison littéraire est exaltante » Ouf !

Raphaëlle Leyris se charge de rassurer tout le monde du livre : « Cette année se distingue particulièrement par l’absence d’ouvrages susceptibles d’éclipser le reste de la production et d’attirer, avant même leur sortie, l’essentiel de la lumière, tel Yoga, d’Emmanuel Carrère (P.O.L), en 2020. » Les auteurs sur la ligne de départ apprécieront. On note quand même la présence d’auteurs au « public fervent ». Chacun a sa petite liste. Dans celle de Nathalie Crom : Agnès Desarthe, Philippe Jaenada, Christine Angot, Emmanuelle Salasc, Marc Dugain, Tanguy Viel, Catherine Cusset, Marie Darrieussecq, Santiago Amigorena, Philippe Djian, Antoine Volodine, Céline Minard, Christophe Donner, Édouard Louis, Lydie Salvayre… Il y a du monde. On retrouve quasiment les mêmes – à quelques noms – dans les autres journaux et magazines. « Une fois n’est pas coutume, note cependant Le Figaro, Guillaume Musso, dont les livres sortaient jusque-là au printemps, s’invite en cette rentrée. » Ça serait son 19e roman – je n’ai pas compté.

Premiers romans

« Délaissés l’an dernier pour une rentrée plus “sûre”, les premiers romans reviennent en force. » prévient Paris Match. En effet, Jérôme Garcin, toujours à l’affût de nouvelles plumes, alerte ses lecteurs dans L’Obs : « Cochez bien le 19 août. [Mince, c’est passé !] C’est le jour de la sortie du premier roman le plus spectral et ubuesque de la rentrée littéraire. » On est intrigué. Le titre de ce roman ? Garcin le donne sans attendre : La Dame couchée de Sandra Vanbremeersch (Éditions du Seuil). Merci, on note.

Pour Le Figaro, les nouveaux talents à découvrir sont « essentiellement féminins ». Dans leur liste : « Salomé Kiner (Grande couronne, Bourgois), Étienne Kern, (Les Envolés, Gallimard), Gabriela Trujillo (L’Invention de Louvette, Verticales), Sandrine Girard (Hors de toi), Gisèle Berkman (Madame), la chanteuse Clara Ysé (Mise à feu), Marie Vingtras (Blizzard), Marie Mangez (Le Parfum des cendres). » Pourquoi, soudain, ne plus préciser les éditeurs ? Parce qu’ils ne prennent pas de publicité dans le journal ?

Le magazine professionnel LivresHebdo qui tient les comptes chaque année a recensé 75 premiers romans – je fais confiance, je n’ai pas compté non plus. Autre chiffre confié par le magazine : 1633. Ce sont les essais et documents attendus d’ici octobre. Les forts en maths auront fait le calcul : 2154 nouveautés qui se retrouvent en librairie. La concurrence va être sévère. Il faudra que chacun y retrouve sa littérature. Comme le note Christine Marcandier sur le site culturel Diacritik : « Et pour les critiques et journalistes littéraires, chaque année, c’est la même rengaine : comment s’orienter dans cette avalanche éditoriale et par quel livre ouvrir sa propre rentrée ? » Et le lecteur ? N’en parlons pas.

Prix littéraires, mode d’emploi

La rentrée littéraire a l’avantage d’attirer la lumière sur les livres, les auteurs. Au final, il y a le roman que tout le monde – ou presque – offrira à Noël. Qui ainsi pour succéder à Hervé Le Tellier et ses « déjà un million de lecteurs » comme le précisent les affiches promotionnelles dans les gares – et ailleurs. Chaque auteur espère, au moins être sur une liste. Le Monde des livres a donné la sienne très tôt dans l’été pour le Prix du Monde. Avaient-ils donc déjà tout lu ? On ne sait pas. (La liste est déjà suffisamment alléchante.) Idem pour la Prix du roman Fnac – autrefois agitateur de talents, souvenez-vous. Sur la première liste révélée en juillet, 32 romans avaient été sélectionnés par 400 libraires et 400 adhérents de l’enseigne – ça fait du monde, on imagine les délibérations. Aujourd’hui, il n’en reste que quatre – faut bien commencer à écrémer. On a eu aussi le 25 août « La sélection littéraire France Inter / Le Point » (ne serait-ce pas un alexandrin ?) Le jury « issu des deux médias » comme le précise le communiqué ont choisi dix livres : cinq romans français et cinq étrangers (huit hommes, deux femmes, comme je sais que ces questions vous turlupinent).

Hier soir, s’est remis sans doute le premier prix de la saison. Le Prix Maison rouge Biarritz – c’est encore l’été, ne l’oublions pas. Ce prix est né de la volonté de récompenser «  l’audace et la créativité d’un ouvrage sans catégorie prédéfinie, à contrecourant des grands prix classiques remis par les professionnels du secteur en amont de la rentrée littéraire. » précisait l’an dernier Philippe Djian, président du prix. Le lauréat pour le cru 2021 ? Abel Quentin, avec Le Voyant d’Étampes, publiés aux éditions de L’Observatoire.

La crainte des auteurs serait de recevoir un prix trop tôt ce qui pourrait les empêcher de figurer sur une autre liste – sous-entendu : plus prestigieuse. Mais on a déjà vu des livres recevoir plusieurs distinctions – même des mauvais.

L’enjeu, on le comprend aisément, est important tant pour les auteurs que pour les éditeurs (et le diffuseur et le distributeur et le libraire). « Les titres de l’automne génèrent en effet entre 15 % et 20 % des ventes de fiction en grand format. » rappelle Raphaëlle Leyris, bien informée.

Bernard Frank qui n’a jamais été le dernier pour plaisanter, écrivait : « C’est plus facile pour un écrivain d’avoir le Goncourt que pour un simple particulier de toucher le gros lot. » Chouette ! Il ajoutait : « Les jurys ne sont pas si chiens qu’on le pense. Il suffit d’écrire un roman, puis deux, puis trois, puis quatre, puis d’autres, d’avoir un peu de talent, d’être dans la maison d’édition au moment où elle a ses chances, d’avoir fait parler de soi sans outrecuidance. » Voilà un mode d’emploi des prix littéraires qui peut se révéler bien utile.  

Alors, à qui le tour ? C’est sans doute un peu tôt pour le savoir. Mais Le Parisien week-end s’interroge à propos du nouveau roman d’Amélie Nothomb : « Et si c’était le prochain Goncourt ? » Amélie Nothomb répond elle-même à la question dans… Le Parisien : « Soyons clairs, je n’aurai pas le Goncourt. Si je ne l’ai pas eu pour Soif, je ne l’aurai jamais. Cela m’aurait bien sûr fait très plaisir, mais cela n’a aucune importance. Ils considèrent que je suis une autrice à succès et que je n’en ai pas besoin, et ça peut se défendre. » Dans Elle, on pense que David Diop « ferait un bien beau Prix Goncourt » Et les jurés du Prix Goncourt, ils en pensent quoi ? Réponse dans quelques semaines.