LE BUREAU DE FRANÇOIS BÉGAUDEAU

Pour préserver mon capital littéraire déjà faible, je ferais mieux de dire que j’écris dans des hôtels. Or je n’écris que chez moi. Ce n’est pas que je sente, dans cet appartement, des vibrations propices à l’art. C’est juste que je crains de ne pas trouver ailleurs, assis sur une autre chaise et devant un autre bureau, la posture la moins inadéquate à mon dos évidemment douloureux.
Face à moi je n’ai ni la plage de Malibu ni un sommet suisse mais un mur, comme Bartleby le scribe. Sur une bande large d’un mètre qui court d’un bord à l’autre, ledit mur est sévèrement écaillé. En tombant, des lambeaux de peinture beige ont découvert la couche originelle, blanche et lépreuse (lépreux est l’adjectif réflexe en pareil cas mais je n’en vois pas de meilleur).


FRANÇOIS BÉGAUDEAU, Décapage numéro 56, février 2017.

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