Archives de catégorie : VU / LU / ENTENDU…

Tout ce que la rédaction de Décapage voit, lit et entend et qu’elle a envie de partager avec vous. (Il y est souvent question de livres, d’écriture, de littérature, d’éditeur, d’écrivain…)

« Excellente revue pleine de fantaisie » : Libération.

Décapage dans Libération

 

Que font les polices ?

Par Virginie Bloch-Lainé

Article à retrouvez ici.

La revue «Décapage» dans les coulisses des écrivains

Pour son numéro de rentrée, Décapage donne carte blanche à Jean-Philippe Toussaint. Qu’attendent de cette rubrique les fidèles lecteurs de cette excellente revue pleine de fantaisie ? Un tour dans les coulisses d’un écrivain, des anecdotes sur son adolescence, le nom des lieux qu’il aime, bref, un peu d’intimité et d’inédit. Avec Jean-Philippe Toussaint (lire ci-contre), le tour d’horizon est surtout visuel car il est aussi photographe, cinéaste et plasticien. Un extrait de son manifeste esthétique, l’Urgence et la Patience (Minuit, 2012), rappelle que ses lieux chéris sont Ostende et la Corse, et que Toussaint se punit en écrivant les premiers jets de son manuscrit dans la police Helvetica en simple interligne, avant de passer après corrections à une page aérée et au Times New Roman, la police digne d’être envoyée à son éditrice, Irène Lindon. Puis nous retrouvons des photos qui furent exposées au Louvre lorsque Toussaint y avait reçu une «carte blanche» en 2012, et qu’il y rendait un «hommage visuel au livre» : des jeunes gens décoiffés par le vent en tiennent un à la main.

D’autres écrivains de la rentrée littéraire figurent dans Décapage, particulièrement dans la rubrique consacrée à ces livres que l’on ne lit pas. Les écrivains, eux, lisent tout. Alice Zeniter confie : «J’ai été avertie par mon compagnon et les deux amis à qui j’ai donné le sujet proposé par Décapage que j’aurais l’air d’une pédante de premier ordre si je répondais une chose pareille.» Thomas Vinau écrit le témoignage le plus sombre de tous. Lui aussi ne laisse rien passer et cette tendance s’est accélérée à son entrée dans l’âge adulte : «Les choses ont pris une tournure conséquente lorsque ma mère est morte et que j’ai dû vivre seul dans notre pavillon rue des Abricots. Je me retrouvais seul à 19 ans avec un salon couleur cuir, un pavillon crépi dans les tons du fruit qui donnait son nom à la rue et la grande peine froide d’un être irrémédiablement seul dans l’univers.» Pierric Bailly achète trop de livres et les choisit un peu n’importe comment : «J’ai eu une courte période Thomas Bernhard et j’en ai acheté tout plein, mais je n’en ai lu que trois ou quatre.» Il a aussi acheté Dans mes yeux, de Johnny Hallyday et Amanda Sthers. Jamais ouvert. «Pourtant, je l’ai acheté avec l’intention de lire. Et pas pour me moquer ou quoi. J’avais vraiment envie de le lire, puis l’envie m’a passé.»

Nous retrouvons le duo Jean-Baptiste Gendarme et Alban Perinet pour quatre pages de bande dessinée autour, encore, des livres de la rentrée. Une femme qui a lu le Dossier M de Grégoire Bouillier (Flammarion) explique à un homme, sûrement un collègue de bureau puisqu’ils discutent à côté de la machine à café, à quel point cette autobiographie est formidable. Elle cite Bouillier : «Que retient-on d’un livre à notre niveau individuel ? Une ou deux phrases qui nous sautent soudain au visage, une ou deux phrases et c’est déjà bien beau ? Une ou deux phrases qui passent directement dans notre langage courant, pour ne pas dire dans nos veines ?»

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Lu dans le JDD : « L’éditeur avance toujours sur une corde raide. »

Dans Le JDD, des éditeurs ont raconté le moment où un auteur a quitté leur maison.

Antoine Gallimard raconte le départ d’Hector Bianciotti

 

« La crainte qu’un auteur parte ailleurs est tenace. L’éditeur avance toujours sur une corde raide. D’une part, il a peur de passer à côté d’un grand texte. On a souvent parlé de l’erreur de la maison Gallimard avec la Recherche de Proust. D’autre part, l’éditeur est un galeriste, un collectionneur, et quand il est dans la littérature générale, il désire suivre l’auteur le plus longtemps possible. Je suis attaché à la notion de compagnonnage. Au-delà des questions de finances ou de reconnaissance, de véritables liens se tissent entre auteur et éditeur au fil des années. La relation qui se noue est à la fois solide et fragile. Solide, car elle est faite d’estime et de complicité sincères. Fragile, car si le livre ne se vend pas, l’éditeur en est tenu pour responsable. L’éditeur est à la fois un ami sur qui on peut compter et une caisse de résonance de l’angoisse de l’écrivain. La difficulté est là : on ne doit pas être omniprésent, mais on doit être présent. Les questions financières entrent en ligne de compte, dans les rapports entre un éditeur et un auteur, et il ne faut pas les éluder. Elles sont d’autant plus prégnantes, depuis une ­dizaine d’années, avec une accélération de la best-sellerisation dans les différents secteurs de l’édition. Les relations sont directes avec les auteurs français et j’y suis sensible. Je tente de conserver un esprit familial dans le travail.

« J’ai vécu le départ d’Hector Bianciotti comme une trahison »

Quand on s’investit personnellement dans une relation avec un auteur, son départ est forcément douloureux. J’ai vécu le départ d’Hector Bianciotti comme une trahison ou, plutôt, comme un abandon. Hector Bianciotti a commencé à rédiger des rapports de lecture pour Gallimard dès 1962 ; il y a publié Le Traité des saisons en 1977 ; il a siégé au comité de lecture à partir de 1983 car j’avais convaincu mon père de l’y faire entrer. Hector Bianciotti m’a annoncé qu’il me quittait en 1989, et ce fut pour moi un drame. La maison était alors perturbée pour des raisons de rivalités familiales. Je venais de reprendre la maison dans un contexte difficile, et lui, que je considérais comme un ami, m’annonce qu’il part pour rejoindre Jean-Claude Fasquelle. Il a publié chez Grasset, à partir de 1992, sa magnifique trilogie autobiographique : Ce que la nuit raconte au jour (1992), Le Pas si lent de l’amour (1995), Comme la trace de l’oiseau dans l’air (1999). Nous avions parlé ensemble de cette trilogie. Je regrette de ne pas l’avoir publiée.

J’avais avec Hector Bianciotti des relations professionnelles mais aussi personnelles. Nous avons passé des vacances ensemble. ­Hector était un homme délicat, ­intelligent, érudit, ouvert, distingué. Il n’était pas narcissique : il avait un véritable intérêt pour l’autre. Ses amitiés étaient sincères. Hector était d’une élégance permanente. Il était chez lui chez Gallimard, sa famille, sa maison, et puis il est parti. Je lui ai dit : « Nous sommes si amis et vous partez au pire moment pour moi. » J’ai été malheureux. Je perdais un ami et un auteur. J’aimais converser avec lui de tout et de rien. Cela allait de Borges dans la Pléiade aux questions d’amour et d’amitié. Philippe Sollers et Pascal Quignard n’ont pas tangué, mais lui a décidé de s’en aller. Pourquoi est-il parti? La maison était alors fragilisée, et je pense qu’il a eu peur de tout perdre. La presse distillait des informations inquiétantes sur l’avenir de Gallimard, et son besoin de sécurité était immense. Je n’ai pas su, pas pu le rassurer. Il avait besoin d’une figure paternelle que je ne pouvais pas incarner et qu’il a trouvée en Jean-Claude Fasquelle. Je l’ai compris seulement avec le temps. Les années ont passé et je l’ai appelé un jour pour lui assurer que Gallimard était toujours sa maison. Je lui ai dit : « Revenez. » Hector Bianciotti est revenu en 2000 et on a publié Une passion en toutes lettres en 2001. Il est vite tombé malade, et il mort en 2012. Je suis content aujourd’hui de pouvoir lui rendre hommage. Hector m’a manqué quand il est parti et il me manque encore aujourd’hui. »

 

 

 

http://www.lejdd.fr/culture/livres/antoine-gallimard-le-jour-ou-hector-bianciotti-ma-quitte-3378722

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« LA CRÉATION LITTÉRAIRE NE SE COMMANDE PAS »

«La création littéraire ne se commande pas. C’est un alcool fort qui réclame, à partir de la matière brute, une distillation, une maturation. Quand je feuillette les auteurs actuels, qui, à mes yeux, publient trop, mon diagnostic est toujours le même: pas assez de travail! Les gens s’imaginent qu’écrire est facile. Mais il faut revenir au moins six ou sept fois sur le même chapitre pour l’améliorer, puis retrouver la fraîcheur du premier jet. C’est si rare quand ça file tout seul au point de me laisser croire que le clavier a plus de talent que moi.»


François Weyergans, Interview dans L’Express, Par  Olivier Le Naire, 22/09/2005

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UNE BONNE IDÉE POUR VENDRE DES LIVRES…

Il y a quelques années, raconte un chroniqueur parisien, un écrivain, que j’appellerai Durand, avait publié un roman, Le Lac de Genève, qui ne se vendait  pas du tout. À Nice, où je me trouvais, un de mes amis me montra confidentiellement une lettre sans signature, une sorte d’avis ainsi conçu : « Un ami vous informe que, dans le livre intitulé Le Lac de Genève, vous trouverez, pp. 131 et suivantes, des révélations sur la vie privée de votre femme. » J’ai acheté ça, ajouta mon ami, mais je n’y ai rien trouvé qui m’intéressât, pas plus comme mari que comme lecteur ; j’en suis de mes 3 fr. 5o. Le soir, au cercle, plusieurs notables de la ville se communiquaient des missives à peu près conçues dans les mêmes termes. À l’un : « Procurez-vous à tout prix Le Lac de Genève et lisez le chap. 5 ; il y va de votre honneur. » À l’autre : « Vous paraissez calme, je vous ai observé hier ; vous ne savez donc rien. Vous êtes en jeu dans Le Lac de Genève, roman nouveau où l’on vous traite d’une façon indigne. » Et le libraire de la place Masséna me dit le lendemain : « Tout le monde me demande Le Lac de Genève ; j’en avais six exemplaires, ils m’ont été enlevés en quelques minutes. Je viens d’écrire à Paris pour qu’on m’en expédie un cent. »

— Henri Baillière, La crise du livre (1904)

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La littérature n'a pas dit son dernier mot