Archives de catégorie : VU / LU / ENTENDU…

Tout ce que la rédaction de Décapage voit, lit et entend et qu’elle a envie de partager avec vous. (Il y est souvent question de livres, d’écriture, de littérature, d’éditeur, d’écrivain…)

« LA CRÉATION LITTÉRAIRE NE SE COMMANDE PAS »

«La création littéraire ne se commande pas. C’est un alcool fort qui réclame, à partir de la matière brute, une distillation, une maturation. Quand je feuillette les auteurs actuels, qui, à mes yeux, publient trop, mon diagnostic est toujours le même: pas assez de travail! Les gens s’imaginent qu’écrire est facile. Mais il faut revenir au moins six ou sept fois sur le même chapitre pour l’améliorer, puis retrouver la fraîcheur du premier jet. C’est si rare quand ça file tout seul au point de me laisser croire que le clavier a plus de talent que moi.»


François Weyergans, Interview dans L’Express, Par  Olivier Le Naire, 22/09/2005

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UNE BONNE IDÉE POUR VENDRE DES LIVRES…

Il y a quelques années, raconte un chroniqueur parisien, un écrivain, que j’appellerai Durand, avait publié un roman, Le Lac de Genève, qui ne se vendait  pas du tout. À Nice, où je me trouvais, un de mes amis me montra confidentiellement une lettre sans signature, une sorte d’avis ainsi conçu : « Un ami vous informe que, dans le livre intitulé Le Lac de Genève, vous trouverez, pp. 131 et suivantes, des révélations sur la vie privée de votre femme. » J’ai acheté ça, ajouta mon ami, mais je n’y ai rien trouvé qui m’intéressât, pas plus comme mari que comme lecteur ; j’en suis de mes 3 fr. 5o. Le soir, au cercle, plusieurs notables de la ville se communiquaient des missives à peu près conçues dans les mêmes termes. À l’un : « Procurez-vous à tout prix Le Lac de Genève et lisez le chap. 5 ; il y va de votre honneur. » À l’autre : « Vous paraissez calme, je vous ai observé hier ; vous ne savez donc rien. Vous êtes en jeu dans Le Lac de Genève, roman nouveau où l’on vous traite d’une façon indigne. » Et le libraire de la place Masséna me dit le lendemain : « Tout le monde me demande Le Lac de Genève ; j’en avais six exemplaires, ils m’ont été enlevés en quelques minutes. Je viens d’écrire à Paris pour qu’on m’en expédie un cent. »

— Henri Baillière, La crise du livre (1904)

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