Archives de catégorie : BUREAUX D’ÉCRIVAIN

Où et comment écrivent les écrivains?

LE BUREAU DE FRANÇOIS BÉGAUDEAU

Pour préserver mon capital littéraire déjà faible, je ferais mieux de dire que j’écris dans des hôtels. Or je n’écris que chez moi. Ce n’est pas que je sente, dans cet appartement, des vibrations propices à l’art. C’est juste que je crains de ne pas trouver ailleurs, assis sur une autre chaise et devant un autre bureau, la posture la moins inadéquate à mon dos évidemment douloureux.
Face à moi je n’ai ni la plage de Malibu ni un sommet suisse mais un mur, comme Bartleby le scribe. Sur une bande large d’un mètre qui court d’un bord à l’autre, ledit mur est sévèrement écaillé. En tombant, des lambeaux de peinture beige ont découvert la couche originelle, blanche et lépreuse (lépreux est l’adjectif réflexe en pareil cas mais je n’en vois pas de meilleur).


FRANÇOIS BÉGAUDEAU, Décapage numéro 56, février 2017.

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LE BUREAU DE MARIE DARRIEUSSECQ

Je quitte peu mon lit l’hiver, c’est devenu un grand bureau,
entre les piles de bouquins, le thermos de thé, les coussins,
les jouets des enfants. L’iPad est pratique pour écrire au lit.
Le bureau est devenu le lieu de la psychanalyse, pour recevoir
mes patients. Il ouvre en grand sur un balcon avec des
rosiers et des merles, c’est un beau lieu pour rêver éveillé.
Mais j’ai aussi des périodes d’écriture très denses où je me
lève tôt pour m’enfermer dans ce bureau tout au bout de
l’appartement, à l’écart du bruit et du monde… Bref : ça
dépend. Dans la cuisine, j’écris parfois à certaines heures
quand la lumière y est belle, ou quand je me refais une
énième théière.


Marie Darrieussecq, dans Décapage, numéro 46.

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LE BUREAU DE SERGE JONCOUR

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Avant, il y avait deux catégories d’êtres. Ceux qui avaient un bureau. Et ceux qui n’en avaient pas. Alors qu’aujourd’hui, avec chacun son ordinateur, portable ou pas, on est tous un peu le petit bureaucrate de soi-même. Aujourd’hui, son bureau c’est ses genoux. Mais, pour formaliser la chose, j’ai un bureau fixe, et un bureau volant, pour étaler, disposer, des papiers, des plans, des manuscrits répandus. Mon bureau, celui où ça se passe vraiment, c’est plus qu’un bureau, c’est un abri. Un refuge. Une position retranchée derrière des remparts de livres, bien dérisoires murailles en apparence, mais éminemment dissuasives, tout ce qui y pénètre, venu de l’extérieur, est trié et servira ma cause… Un auteur est un fantassin assis. Assis la plupart du temps. Mais en dedans ça court… Écrire c’est prendre le risque de la phrase suivante, il faut être sûr de soi et se sentir fort pour avoir cette audace-là, pour prendre ce risque de s’en remettre à la phrase inconnue, la non encore surgie, la phrase qui est là, à l’ombre, en soi, prête à sortir, pour qu’elle sorte de sa position retranchée il faut qu’elle se sente en sécurité. J’ai identifié pour moi le risque, quand j’écris, le péril, mon péril, c’est de tourner en rond. Cela va bien à d’autres. Je suivrais Proust trois pages à longer une haie. Ou Butor. Ou Enard. Balzac tourne sacrément bien en rond par moments. Ce sont des épuiseurs d’espace. Moi ça ne me va pas. Il me faut propulser l’affaire dans du concret. De l’inattendu. Du surprenant.

Serge Joncour, dans le numéro 55.

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